Ca fait longtemps, mais après avoir dérivé ses couloirs terreux dans les méandres des arts, mon tunnel revient à ses premières amours : la politique internationale.
Ma vision des relations irano-américaines a été transfigurée par le deuxième volet du grand reportage l’Iran et l’Occident qui passait hier à Radio-Canada. Je tiens à partager ce que j’ai appris ces deux derniers soirs, car je crois que beaucoup d’entre nous ont une vision erronée de ce pays-clé au Moyen-Orient dont on entend trop souvent parler pour ses ambitions nucléaires.
N’ayant connu que le très controversé Mahmoud Ahmadinejad depuis les débuts de mon intérêt pour la politique internationale, je m’imaginais ses prédécesseurs aussi subversifs et bornés, d’autant plus que l’Iran est assujetti à une sorte de théocratie ( l’ayatollah étant le décideur suprême depuis la fuite du Shah).
Autant les commentaires négationnistes d’Ahmadinejad sur la Shoah que ses menaces de rayer Israël de la carte ou le financement notoire des groupes terroristes par l’Iran m’ont fait croire que cette république islamique faisait fi de l’avis de l’Occident. Que l’original qui leur tient lieu de président se la jouait un peu comme Kim Jong Il ou Hugo Chavez : fier-à-bras, comme un crapaud qui se gonfle d’air pour impressionner.
Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi, tout comme l’Iran n’a pas toujours été aussi entêté en ce qui a trait à son programme d’enrichissement de l’uranium. Ce qui est arrivé, c’est que ce pays a laissé une ouverture énorme aux États-Unis, mais que Washington ne leur a jamais te
ndu la main, lui qui ne s’est jamais remis du rapt des employés de son ambassade et du financement du Hezbollah et du Dijhad islamique par Téhéran. Deux présidents modérés ont tenté d’ouvrir les négociations, acceptant des concessions majeures (85-95% du traité rédigé par les deux parties).
Le coupable à la Maison Blanche n’est pas très difficile à trouver : Bush a sapé le processus alors que Powell et le vice-secrétaire d’État voulait ratifier le traité. Puis, le responsable républicain de la défense a repoussé le plan des Européens qui portaient le message de l’Iran qui acceptait de cesser de faire fonctionner leurs centrifugeuses en échange de levées de sanctions, imposant le sien. Nouvelle impasse politique. Les États-Unis pensent qu’il ne leur reste qu’à envahir l’Iran. Le président réformateur finit son mandat.
Rice portant le chapeau de Powell, préssentant l’enjeu majeur que constitue l’Iran et rejettant l’invasion du pays, a invité les Iraniens à dialoguer avec les États-Unis. Leur ministre des Affaires étrangères est très disposé à accepter les conditions de Washington et convainc le gouvernement iranien. Une nouvelle rencontre est organisée à New York.
C’est sans compter sur Ahmadinejad qui débarque de l’avion. Le ministre et les 300 délégués n’arriveront jamais à New York. C’est Ahmadinejad qui a persuadé tout le monde de garder la ligne dure avec l’Occident. C’est Ahmadinejad qui, sur les ruines de Ground Zero, nie le drame juif et fait les manchettes ce jour-là.
Quand je pense que les Iraniens ont permis aux États-Unis de faire reculer les talibans en Afghanistan en partageant avec eux leurs informations militaires et qu’ils ont essayé tant de fois de normaliser leurs relations avec le pays de l’Oncle Sam, force e
st de croire que le durcissement iranien n’est que dû aux multiples baffes diplomatiques que l’Iran a dû essuyer. Les modérés pro-Occident ont perdu leur crédibilité lorsque le peuple a vu la réaction inflexible et intraitable des États-Unis face à de nombreuses concessions. Ils ont mis un conservateur à la tête du pays depuis. L’Iran fabrique les bombes qui tuent les militaires américains depuis. Un dialogue entre Bush et Mahmoud, illuminé contre illuminé, ça ne peut être qu’un dialogue de sourds.
Par contre, Obama fait reluire des espoirs quant aux relations irano-américaines, Ahmadinejad étant ouvert à l’idée de parler à son administration (nettement moins pro-Israël avec une pro-Palestine comme secrétaire d’État ). Cependant, son attention est concentrée dans le soulagement de la crise, l’Irak et l’Afghanistan.
De plus, en prévision des élections du 12 juin, les conservateurs ont fermé les blogues et Facebook du candidat réformateur…
P.S. Remarquez comment je saupoudre mes longs blocs de textes d’ images pour tenter de me racheter pour tous ces interminables billets lourds et non visuellement attrayants. Oh yeah.