Pour un précieux petit jus de 10%, j’ai dû lire un livre analysant les différents journaux québécois et ceux qui oeuvrent pour que nous ayions quelquechose à lire en brûlant nos toasts.
Le livre de Cornellier est très intéressant par plusieurs égards, mais pèche par la haine palpable du fédéralisme qu’entretient l’auteur tout au long du livre, tout en prêchant une certaine objectivité (dans la mesure du possible, une «subjectivité honnête», comme Cornellier disait).
Ceci est un autre de mes petits coups de gueule, dirigés cette fois vers cette totale intolérance que certains de mes concitoyens pour tout ce qui vire un petit peu à droite. Est-ce que ne pas être souverainiste ou de la centre-gauche fait de nous des citoyens irresponsables, cruels, sans coeurs, sans logique?
Est-ce que voter PQ, Solidaire ou Vert signifie que l’on est vraiment engagé en coeur et en esprit à changer le monde?
Il m’est déjà arrivé, peu avant les élections de 2006, un épisode fort évocateur de la mentalité qui semble peser chez certains. Dans un abribus du terminus Panama, je discutais politique avec deux de mes amis, lorsqu’une fille qui se trouvait malencontreusement par là s’est exclamée : «QUOIIIIII???? TU PEUX QUAND MÊME PAS PENSER À VOTER LIBÉRAL?!? Vote PQ, comme ça si on se fait crosser, on se fait au moins crosser par des gens de chez nous!!!»
Et la voilà qui déambule hors de l’abribus pour hurler (à l’autre côté de la voie d’autobus)de plus belles des obscénités sur Jean Charest que je pourrais résumer par un mot anglais signifiant copuler accompagné du nom de notre premier ministre ainsi que par quelques objects sacerdotaux.
D’autres fois, lorsque je mentionne mon idéologie, les gens de mon cégeo semblent presque désolés pour moi. Au journal, lorsque j’ai refusé de critiquer l’antiaméricanismeà tout prix qui semble être en vogue ces dernières années (sans toutefois approuver nos voisins), on m’a subtilement dit de changer ça, disant « Ma pauvre cocotte, tu te feras pas des amis avec ça».
Cornellier m’a également rappelé ce cauchemar idéologique et démocratique. Il ne tarit pas d’éloges envers La Presse. Son seul défaut? Ses éditoriaux pro-fédéral.
Pardonnez-moi monsieur, mais comme vous le dites vous-même dans votre livre, il faut distinguer la nouvelle de l’opinion. Et TOUS ont le DROIT à L’OPINION, quelle qu’elle soit. Bien entendu, tous les journalistes qui commencent à s’intéresser à une politique moins gauchistes, sont considérés par Cornellier comme étant « doté d’un véritable talent, mais essoufflé et sec au plan idéologique», pronant un « gros bon sens» qui n’a supposément pas lieu d’être.
Désolée, mais refuser une augmentation d’un demi-point sur la TVQ pour améliorer notre système de santé n’est pas un modèle de civisme et d’abnégation. Notre gouvernement actuel n’a pas osé accepter bien des choses du rapport Castongay pour éviter un tollé de la part de la population. Les syndicats n’ont d’ailleurs pas tardé à faire valoir leurs INTÉRÊTS. Harper avait baissé la taxe fédérale en arrivant au pouvoir, dont les taxes reviendraient pratiquement comme avant, ce qui est très supportable étant donné que les aliments non transformés ne sont pas taxés. Il reste les autres choses dont le renouvellement constant n’est pas nécessaire. Votre café vous reviendra quelques sous de plus, tout au plus. Où est passé notre sens du devoir envers la société, notamment pour un service dont tous, y compris vous-même, peuvent bénéficier? Quel sens y-a-t-il à la gauche dans ce cas?
Vous avez vos convictions, j’ai les miennes. Je n’essaie pas de vous convertir ou de vous mettre du scotch tape sur la bouche pour que vous ayiez l’air de suivre le troupeau. Vos valeurs sont belles. Je les apprécie autant que vous, je ferai tout ce que je pourrai dans ma vie pour rendre ce monde meilleur. Cependant, si mon pragmatisme et et ma modération dans l’idéalisme pur et dur vous déplaisent, ayez au moins, en tant que citoyens démocratiques et civilisés, me laisser penser et non choisir pour moi. Et lorsque vous écrivez des livres pour lyncher les éditorialistes sous le sceau de l’«objectivité», n’oubliez pas que vous êtes en train d’essayer de m’embobiner aussi bien qu’ils le font.
Merci.