Hier, PA et moi sommes allés abuser des certificats-cadeaux des cinémas en allant regarder «Il y aura du sang», le nouveau film de Paul Anderson.

Pour ma part, j’ai beaucoup aimé. Ce film traite du parcours d’un prospecteur d’or au début du XXe siècle qui découvre un gisement de pétrole et de comment les  hydrocarbures sont autant responsables de l’apogée de cet homme que de sa défaite. Bien sûr, des thèmes un peu clichés comme la solitude de l’homme riche et l’ambition démesurée à la Macbeth shakespearien sont présents et semblent dénoncer le capitalisme d’aujourd’hui. Pourtant, il y a quelquechose de profondément plus troublant dans l’oeuvre d’Anderson, comme cette barrière aux contours flous entre la folie et la sanité, le bonheur et la démence, le pétrole et la foi… 

Comme je n’ai pas envie de ruiner le film à qui que ce soit, je vais me contenter de méditer sur cet or noir qui est au centre de toutes ces histoires de sang. En effet, comme le dit le titre du film, les deux sont intimement liés. Des personnages baptisés au sens propre du terme dans le pétrole pour mieux s’y noyer. Ce n’est pas anodin. En ce moment, la précieuse ressource est plus que jamais une malédiction.

Je me souviendrai toujours d’une phrase qui m’avait tout d’abord surpris dans «Blood Diamond» : lorsque le protagoniste, un « Blanc», débarque dans une ville incendiée et paumée de l’Afrique, un vieil homme s’empresse de lui dire : « Nous n’avons pas de pétrole ici. Et nous n’en voulons pas. C’est la pire chose qui aurait pu nous arriver!»

Cela m’a surpris dans la mesure où le pétrole est une ressource si convoitée! Mais à force de renseignements, force est de constater qu’il est effectivement une malédiction dans presque tous les pays où on en a trouvé (les pays développés de l’Occident étant des exceptions). Ils attirent la très dangereuse convoitise des puissances étrangères ou encore ne sert qu’à enrichir les dirigeants de ces états, comme en Arabie saoudite. Ou encore, il sert à financer le terrorisme ou comme objet de chantage auprès des pays industrialisés qui seraient paralysés sans le pétrole. Remarquez aussi que des histoires de chapardages pas très propres se passent également un peu partout, notamment dans nos eaux arctiques où la Russie et les États-Unis ont essayé de planter leurs drapeaux alors que personne ne voulait de ce taudis de glace avant que des spéculations ne s’en mêlent.

D’ailleurs, prenons le cas du Darfour. À la lumière de certains articles dans le Courrier International, il est très possible que le gouvernement chinois n’ait pas retiré son veto seulement à cause des JO de Pékin 2008, mais également à cause du sous-sol de la région. Le Tchad a beaucoup de pétrole, et le Soudan aussi. Or, le crise au Darfour a secoué ces pays, entraînant des remous chez le voisin Tchad. Dès lors, en période de chaos, il est plus difficile d’exploiter le pétrole convenablement puisqu’il n’y a aucune stabilité dans le coin. Vous voyez où je veux en venir.

Notre société contemporaine a soif de cet or noir pour subsister et continuer son ascension en suivant son ambition de prospérer, d’être son propre dieu, creusant dès lors cette tranchée diabolique entre les pays riches et ceux qui leur ont servi à amasser cette richesse. Étrangement, c’est maintenant que les êtres de ces sociétés sont les plus seuls alors qu’ils tiennent entre leurs mains les écus dorés de Judas qui sont censés leur procurer le bonheur, tout bonheur. Alors qu’on définit de mieux en mieux les folies, ils sont incapables de voir qu’ils sont tous empêtrés dans une folie, tous qu’ils puissent être.

there will be blood.

il y aura du sang.