En faisant le ménage dans mes 431 messages dans hotmail, j’ai retrouvé le fichier contenant un de mes article pour le Trait-d’Union avant que j’enlève des parties susceptibles de me faire lyncher selon ma mère

TDU, parution de novembre 2006:

           N’importe quelle personne ayant déjà ouvert une télé, direction bulletin de nouvelles, puissamment musclé ses pouces à Call of Duty ou n’ayant pas trop ronflé dans un  cours d’histoire sait sûrement,ou du moins vaguement, qu’il existe une certaine notion abstraiet moins amusante appelée la guerre.

            Il est évident qu’en tant que citoyen d’un pays qui n’a jamais été ravagé par quelque chose de pire            que le Krach de 1929, nous ne sommes pas trop exposés à cette réalité de boucherie. En effet, le Canada était si puissamment équipé pour la guerre lorsque sa mission de reconstruction en Afghanistan s’est métamorphosée que ses sous-marins s’embrasaient en feux de joie au milieu de l’Atlantique et que ses vétusques hélicoptères devenaient des kamikazes involontaires, se faisant hara-kiri en pleine base alliée. Bref, comme mentionné ci-dessus, nos civils Canadiens n’ont jamais connu la guerre, et c’est en tant qu’idéaliste d’une contrée en paix que je vais prendre la plume.

            À la lumière des événement récents au Liban, surtout après le carnage de Canna, il est normal que les gens se mettent à réfléchir sur la guerre. Certains la dénoncent avec véhémence, comme on peut le voir grâce aux pétitions et aux manifestations dans les rues, d’autres s’en fichent, à part pour le fait que faire le plein leur revient soudainement plus cher. Ceux qui vendent cette essence sont gratifiés d’une joie capitaliste. Et il y en a quelques-uns, dont moi, qui se demandent vers où on va.

            Pourtant, si on se raisonne en dépit de toutes ces images de sang et de décombres dont on nous bombarde, il faut accepter le fait que la guerre est là. Elle a toujours existé, en fait. Autrefois, nos aïeux les plus belliqueux se tapaient dessus en brandissant des silex attachés à un bâton. Maintenant, on « évolué ». On s’entretue avec des armes dernier cri, du style bacilles mortelles et des champignons atomiques, ou encore, on décide de se faire sauter dans un avion ou deux. Le principe, par contre, est encore là.

            Il y a plus de cinquante ans, les baby-boomers qui ont vécu l’horreur de la Deuxième Guerre mondiale ont juré qu’il n’y aurait plus jamais de pareilles atrocités et l’ONU est née. Hors, en 1993, nous avons eu la crise massive au Rwanda, des millions de morts. Et que dire du massacre en Arménie, survenu plus tôt? Encore là, je ne parle pas de tout ce qui est survenu avant le siècle des génocides, invasion, croisades et tout le tra la la. J’en déduis simplement que la guerre est inscrite au plus profond du genre humain, dans ses moeurs, au même titre que le mode de vie sociétal ou la capacité à dépasser l’instinct, ce qui est un curieux paradoxe, car nous n’avons pas surmonté notre instinct de guerroyer.

            Idéalistes sur le point de me lynchez, abstenez-vous encore quelques lignes, le temps que je m’explique. Je ne suis pas d’accord avec la guerre, je n’ouvre pas le champagne à chaque fois qu’un pays tabasse un autre. Je dis simplement qu’on ne peut pas vraiment y échapper. Prenez les animaux, ils se font la guerre aussi; les fourmis en sont un bon exemple, autre espèce vivant en collectivité. Cependant, un facteur de plus entre en compte lorsqu’il s’agit de guerres humaines : l’intérêt. Un conflit armé est rarement désintéressé, ingénu. Il y a toujours des jeux de pouvoirs, des démêlés économiques, de la manipulation derrière chaque guerre. Le fanatisme n’est qu’un outil pour les marionnettistes politiques. Par exemple, la Guerre du Golfe a été soupçonnée d’être déclenchée pour relancer l’économie américaine, même si ce n’est pas la raison officielle de ce conflit. Rares sont les guerres qui ont été déclarées pour le bien du peuple. Celles qui l’ont été, comme celles sous l’égide du communisme par exemple, n’ont fait que renverser un système par un autre où les gens avaient toujours aussi faim, sinon plus. Les « Big Brothers » de ces régimes sont devenus une réplique exacte, en plus totalitaire, de leurs prédecesseurs, au nom de la liberté et de l’égalité. Les guerres au nom de la foi? Foutaise. Les croisades avaient pour but d’envoyer les chevaliers se battre ailleurs, pour avoir un peu de répit au pays dans cette période de bouillonnement et de façonnement des frontières européennes. Les montées intégristes, en l’honneur du grand Allah, n’est-elle pas un moyen pour les imams de prendre le pouvoir? Le terrorisme, un moyen de montrer les dents et de rappeler la puissance du temps de Saladin dans ce monde où les valeurs occidentales semble mener la barque?  Ces kamikazes pauvres, peu éduqués, qui se sentent confus entre leurs traditions et leur attraction-haine douce-amère pour l’Occident ont besoin de se rassurer…et d’assurer leur salut au paradis par leur sacrifice, croyance qui est une gracieuseté de leurs supérieurs imams.

            Tout cela pour vous dire que la guerre a été, est, et sera, tant que l’humanité ne se sera pas purgée de son individualisme, de sa cupidité, de son aveuglement. Je ne dis pas que la guerre a un avenir; je préfère penser que c’est un statut quo en attendant une évolution de l’homme. Serons-nous capables de nous élever de la bête que nous refusons d’être? Pour le moment, nous ne sommes pas encore capables de nous passer de la guerre, bien qu’elle ne règle souvent pas grand-chose. L’ONU, par exemple, est une option créée pour éviter les guerres. Par sa lourdeur administrative et par sa propension à la totale inertie en raison d’intérêts de puissances dont le veto paralyse tout processus, elle ne règle pas souvent grand-chose. Trois cent mille de réfugiés au Darfour à cause du veto de la Chine dont on n’entend guère parler à la télévision. Pour la soixantaine de morts à Canna, plein de gens sont descendus  dans les rues. On voit tout de suite où sont les intérêts des puissants de ce monde.

Félix Leclerc, optimiste, chantonnait : « Quand les hommes vivront d’amour/ ce sera la paix sur terre/Les soldats seront troubadours/Et nous, nous serons morts mon frère.» Oui, nous serons très morts, mon frère.