Mon amant m’a encore boudée hier.
C’est ainsi qu’avec Morphée toujours résolument tourné de son bord du lit, une insomnie persistante qui me donnait la nausée m’a enfin donné le temps de lire  Soie, le tout petit roman d’Alessandro Barricco qui traînait sur ma table de nuit depuis quelques temps.

C’était magnifique.

La plume de Baricco est tout simplement bouleversante.  La beauté ne réside pas tant dans l’intrigue en qu’en la façon de décrire de la vie d’un homme retiré de son existence comme «il regarde comme une journée de pluie». L’histoire peut sembler triviale quand on se fait lire le résumé (un remake de Shogun?), mais l’indéniable poésie du texte et une fin assez spéciale change la donne pour qui s’aventure dans les entrailles de cette couverture de carton souple. 

En savourant ce roman contemplatif  aux répétitions symboliques et à la douce zénitude japonisante, il m’a semblé que le temps s’est arrêté autour de moi l’espace de cette centaine de pages. Le temps d’échanger ma propre nostalgie et ma lassitude contre celle d’Hervé Joncour.